
«Cette fois-ci, on doit faire une razzia ! » La confidence d’un cadre du RN résume l’état d’esprit du parti avant les municipales. Pour Jordan Bardella, le scrutin de 2026 n’est pas un rendez-vous local de plus : c’est la rampe d’accélération vers 2027. En 2014, le mouvement avait décroché ses premières villes, Hénin-Beaumont en laboratoire. En 2020, une campagne étouffée par le Covid avait tout de même offert un trophée stratégique : Perpignan, prise par Louis Aliot. Mais cette fois, l’ambition est plus large : gagner davantage, s’implanter partout, et prouver qu’il peut gouverner. Montrer que le RN n’est pas qu’un vote d’humeur, mais une force capable d’administrer des municipalités.
L’objectif interne est affiché : plus de 600 listes, soit cent de plus qu’en 2020, pour capitaliser sur le cycle électoral de 2024 qui a vu le RN arriver en tête dans une multitude de villes moyennes. « Ce sera l’élection où l’on démontre notre savoir-faire », glisse un député du Sud. Au siège, certains évoquent même une centaine de communes prenables : non pas les grandes métropoles, mais ces territoires périurbains, industriels, souvent délaissés, où le RN est devenu majoritaire dans les urnes et où les sortants – usés, divisés ou affaiblis – peinent à incarner le renouvellement.
Le Sud sera la locomotive de cette offensive. Autour de l’étang de Berre, les cadres du parti parlent désormais d’un « lac patriote », tant la poussée électorale a été massive lors des dernières législatives. Ce territoire concentre tous les ingrédients de la bascule : villes industrielles, électorat populaire, colère fiscale, sentiment d’abandon. En plus de Marignane et Rognac (récupérée lors d’une partielle en 2024), le RN vise Allauch, Fos-sur-Mer, Vitrolles, Martigues. Plus à l’ouest, en Languedoc-Roussillon, les ambitions portent sur Carcassonne, Narbonne, mais aussi Limoux ou Castelnaudary : des villes vitrines que le parti rêve de faire tomber.
Jamais le RN n’a abordé un scrutin local avec un tel rapport de force
Dans le Nord, le scénario est similaire. Consolider les bastions – Hénin-Beaumont, Bruay-la-Buissière – et pousser dans les communes fragilisées : Calais, Lens, Boulogne-sur-Mer. Une méthode éprouvée : sociologie ouvrière, abstention record et affaissement des sortants de gauche. « C’est là qu’on peut faire des surprises », reconnaît un élu local.
Dans les grandes métropoles, la stratégie diffère : il ne s’agit plus de conquérir, mais d’installer des figures, de créer des groupes municipaux, de peser dans le débat. À Lille, l’eurodéputé Matthieu Valet mènera une campagne très nationale, avec l’objectif clair d’un score à deux chiffres. À Nice, Marseille ou Toulouse, le RN compte sur des seconds tours éclatés pour s’ancrer, voire jouer les trouble-fête. À Toulon, Laure Lavalette, pas encore candidate mais donnée favorite, fait déjà figure d’épouvantail. Et à Perpignan, Louis Aliot est en position de force pour garder l’une des rares grandes villes dirigées par le RN.
Une fois encore, le parti de Jordan Bardella entend nationaliser à outrance l’élection municipale. À mesure que l’hypothèse d’une dissolution s’éloigne, les municipales s’imposent comme le seul scrutin test avant 2027, le seul qui permette de mesurer la véritable dynamique du RN. Bardella veut y voir une démonstration : celle d’un mouvement capable de convertir un vote national massif en pouvoir municipal concret. Le RN fera campagne sur ses thèmes fétiches — sécurité, pouvoir d’achat, services publics — avec un message martelé partout : « la confiance que vous nous accorderez pour votre ville vaudra pour le pays. » Et une conviction domine au sommet du parti : jamais le RN n’a abordé un scrutin local avec un tel rapport de force.
